LE GRAND ORGUE DE LA CATHEDRALE

 

Les archives  font état dès 1365 d’un orgue logé dans la première arcade au nord du chœur, accessible par le jubé. Cet instrument disparut avec le jubé en 1792. Un autre instrument, plus petit et installé sur le jubé même vers 1438 sera vendu le 9 mai 1601 à la fabrique de l’église de Tonnerre.

 

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Le grand orgue actuel de la cathédrale de Troyes fut à l’origine commandé à Jacques COCHU, maître-facteur d’orgues à Châlons-en-Champagne, par l’Abbaye cistercienne Notre-Dame de Clairvaux, aujourd’hui dans le département de l’Aube. Construit entre 1731 et 1736 et installé la même année, il fût, dès l’origine, considéré comme l’un des plus remarquables de son temps. Ce qui n’empêcha pas François-Henri CLICQUOT, facteur d’orgue du roi, de l’agrandir en 1788.

 

A la Révolution, l’abbaye fut transformée en prison et l’orgue fut mis en vente comme bien national en 1792. Il fut sauvé par les marguilliers de la cathédrale de Troyes qui en firent l’acquisition et l’entreposèrent sous la tour Saint-Paul où il demeura démonté durant les troubles révolutionnaires pour des raisons évidentes et au début de l’Empire en raison de la pauvreté du conseil de fabrique. Après la signature du concordat et la réouverture des églises au culte, une tribune fut accolée au grand portail et l’orgue y fut remonté en 1808 par René COCHU, le petit-fils du constructeur.

 

Lorsque Aristide CAVAILLE-COLL visite l’orgue en 1844, il note qu’il «est encore aujourd’hui un des plus beaux instruments que nous possédions en France ». Durant la fin du siècle, il est modernisé à deux reprises, en 1874 et 1877.

 

De nouvelles modifications sont effectuées en 1913 lorsque la maison JAQUOT-JEANPIERRE intervient sur l’instrument. Dans le domaine technique, il est augmenté d’un clavier de récit expressif, de machines Barker pour faciliter la transmission et d’une nouvelle soufflerie. Les sommiers, la mécanique et plus des trois quarts de la tuyauterie restent ceux d’origine. Dans le domaine musical, le facteur procède à un changement de ton et de tempérament.

 

Au XXème siècle la renommée de l’orgue de la cathédrale de Troyes est telle qu’il sera joué par les plus grands concertistes français : Eugène GIGOUT en 1903, Charles QUEF en 1913, Marcel DUPRE en 1936 et 1943, André MARCHAL en 1956, Marie-Claire ALAIN en 1963 et Edouard SOUBERBIELLE EN 1964. Dans le même temps, il suscite l’intérêt des historiens, principalement Félix RAUGEL et Albert BABEAU qui se pencheront sur son passé prestigieux entre 1923 et 1963.

 

Entre 1964 et 1969, l’orgue est reconstruit par la maison GONZALEZ qui effectue d’importantes modifications : nouvelle console, réfection de la mécanique, électrification du tirage de jeux, rétablissement du quatrième clavier supprimé par la maison JAQUOT-JEANPIERRE, adjonction de nouveaux jeux. Gaston LITAIZE préside l’inauguration le 15 mai 1969. Suivront de nombreux récitals donnés par Jean-Jacques GRUNENWALD, Marcel DUPRE, André FLEURY, Jeanne DEMESSIEUX, Rolande FALCINELLI, Maurice DURUFLE et Marie-Madeleine DURUFLE-CHEVALIER, Odile PIERRE, Pierre COCHEREAU.

 

Marcel DUPRE (1886-1971) donnera à la cathédrale de Troyes, le 9 octobre 1970, l’avant dernier récital de sa longue carrière.

 

En 2012, l’orgue subit d’importants travaux par Bernard DARGASSIES, la console est entièrement reconstruite, et un combinateur électronique installé.

 

 

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En raison de son histoire et de sa beauté, l’orgue de la cathédrale de Troyes est classé Monument Historique le 19 mars 1963 pour la partie instrumentale et le 6 décembre 1974 pour le mobilier comme l’un des plus prestigieux de France.

 

 

Texte : Michael MATTHES, Bruno TASSEL